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Elèveset discipline. Présentation et informations pratiques. Aménagements des épreuves. Association ESPERE. Enseignement d’exploration arts visuels en seconde : le blog. Histoire des arts. Editorial du proviseur. Contact et plan d’accès. Le Lycée Jeanne aujourd’hui.
Publiéle 3 mai 2016 par Marie-Françoise Laborde. La Révolution industrielle a transformé en profondeur la société et entraîné d’intenses réflexions sur de nouvelles façons de faire la ville. Ces dernières ont connu dès le début du XIXe siècle, un accroissement sans précédent. Surpopulation, pollution, sans qu’on en .
Ladresse du Garage Aviation, « Rouen/Madrillet 4 » situé près de l’aérodrome figurant en 1934 sur l’enregistrement de l’un de ses avions, indique qu’il pourrait s’être occupé accessoirement de reventes d’avions. Puis, il apparait à nouveau en 1936 dans un article publié dans le Journal de Rouen consacré à l’ACPR).
Rouenville martyre en 1944. En 1944, Rouen (76), ville déjà bombardée, notamment en septembre 1942 et en septembre 1943, connut plusieurs vagues de bombardements dont celle, terrible, du 19 avril, celle de “la semaine rouge” (du 30.05.1944 au 05.06.1944) et celle du 25.08.1944 qui verra l’anéantissement de l’armée allemande du
ROUENAU LENDEMAIN DU 19 AVRIL 1944; ROUEN LE GROS HORLOGE; CARTE DE ROUEN; CATEGORIES. 14 Juillet 2010 (1) Enseignes (1) Jardins (1) Manifestations (6) Marché (1) Monuments et immeubles (16) Musée (5) Rouen 1944 (1) Rouen by night (2) Vues de Rouen (2) UN PEU D'HISTOIRE (source Wikipédia) La ville fut fondée selon la légende en 300 après le
J Ai Hate De Te Rencontrer En Anglais. 106 billets dans la catégorie "Rouen en 1940" Le tramway venant de la rive droite par le pont Boeildieu au fond la rue St-Sever et sur la droite la gare d'Orléans... Janvier 41... Les ponts de bateaux n'ont pas résisté à l'effet des glaces et il faut un remorqueur pour traverser le fleuve .... 4 Avril 1943 ... Les Enfants de la Région Rouennaise menacés par les bombardements ont été évacués dans l'Eure. Un groupe d'enfants avant le départ du train qui les emmènera à Vernon. Vers les années 30, BUREAU à ROUEN , rue de Crosne. Clin d'oeil à Rémy.... Nicolas Cliquez sur les images pour voir en détail ! JUIN 1949 - Quartier St-Eloi ... Photo STUDIO EICHE à Pt -Quevilly Mlle Marguerite Deroux photographiée Place de l'Hôtel de Ville André Maurois dans le livre qu'il consacra à Rouen après la Libération a brossé de Marguerite Deroux , Agent de liaison cycliste à la sous les ordres du capitaine Severyns un portrait mémorable Paris-Normandie 1979 . Extrait du livre Rouen Dévasté par André Maurois 1948 Marguerite Deroux, la "jeune fille au casque blanc". Son frère , résistant avait été arrêté par les Allemands et courage inouï, elle partait en estafette sur sa bicyclette, entre les salves, pour renseigner les médecins sur les points de chute et sur les secours avait seize ou dix-sept guerre finie, le " Jeune Fille au Casque Blanc" a repris modestement ses études de Droit 15 Mai 1944 , Place du Vieux-Marché à l'occasion des fêtes de Jeanne d'Arc Accompagné du Maire de Rouen et du Préfet , le Maréchal de France , Chef de l' Etat passe en revue les jeunes des Chantiers de Jeunesse Octobre 1944 , venant de la Place du vieux-Marché vers la rue Rollon Le Général accompagné de Pierre Mendès France "Le prix de la Victoire"... Voici donc l'entrée de la rue St-Filleul sur l' avenue du Mont Riboudet vers 1900... Puis le même endroit dans les années 30... Et aujourd'hui... Elle devait avoir fort à faire dans le quartier St-Eloi... Nicolas Souvenir de la 1 ère Commerce A , Classe année 1943-44 Peut-être rue Beauvoisine ou rue de l'Avalasse ? A l'aide d'un ponton-grue , pont dit de la rue du Bac , puis baptisé en 1947 pont Mathilde... Clin d'oeil à Michel Leveillard... Nicolas Après l'incendie , depuis la Fierté St-Romain... Une de ces pages vient de la "Revue de Rouen" de 1951... Une autre du "Bulletin de l'ACN" de 1949... J'avais fréquenter l'ACN à sa re-ouverture en 1946... Bien amicalement... Michel Après les bombardements d'avril 44 , vers la rue du Petit Salut... Photos de soldats Allemands à Bonsecours en Mars 1941... Seul le pilier rive droite est resté debout , mais il sera détruit par les Allemands en juillet 40 pour la ferraille... L'acier déchiré ! On peut voir sur la partie à droite l'escalier qui permettait l'ascension du pont... Vu depuis le quai du Havre ou les troupes Allemandes se pavanent... Un superbe livre par Guy Pessiot Avec quelques photos Collectionicolas...;o Juin 44 , le porche vers la Cour d'Albane Cliquez sur l'image pour plus de détails... Photographie Achille Plaisant - Janvier 1949 La vie reprend son cours... Cliquez sur l'image pour plus de détails... Nicolas Clin d'oeil au frère du grand-père de Guy Pessiot.... Voir ICI..... Une vue de la rue des Charrettes vers 1948/50... Le 64 bis de la rue des Charrettes on se trouvait dans l'angle le Café des Consuls , le "Fernand Bar " devait être rue des Cordeliers et face au cycliste sur la photo le 64 serait la Boulangerie Daniel Aubé " le frère du grand-père"... J'espère ne pas me tromper ....A confirmer par Guy Pessiot ??? Autre vue des arpents avant les destructions de 1940, et les abords de la porte Guillaume Lion après destruction. pep Vers les années 30... Une autre vue sur les grandes maisons de la rue du Change , une rue peu photographiée ... Disparue aussi en 1940 ! Les années 30... Une vue plongeante sur la rue de l'Epicerie et le marché aux fleurs de la Place de la Calende. Puis sur la droite , la rue du Change... Le quartier sera totalement détruit en 1940 ! Cliquez sur l'image pour agrandir ... La localisation de la rue des arpents est confirmée par ce document , publié dans un ouvrage datant de mars 1941 intitulé Rouen 1940, qui à l'avantage de dater le contexte des destructions pep
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A la veille du Débarquement de Normandie, les alliés bombardent les infrastructures pouvant servir aux Allemands. Le 30 mai 1944, à Rouen, débute la "semaine rouge". Récit. Par Thierry Chion Publié le 18 Mai 14 à 739 Au cours de la nuit du 18 au 19 avril 1944, un bombardier allié a bombardé le centre de Rouen suite à une erreur de marqueur. Ici, le palais de justice. Photo Part.Il y a 70 ans, deux gros bombardements ont secoué Rouen et son agglomération à la veille du Débarquement, à commencer par celui du 30 mai 1944 qui marquait le début de la semaine rouge ». Jusqu’au 4 juin 1944, les appareils alliés allaient faire de fréquentes incursions dans le ciel de Rouen afin de bombarder les ponts qui enjambaient la ce 30 mai 1944, les victimes sont nombreuses. Des bombardiers moyens américains lâchent leurs bombes sur Rouen. C’est ainsi que toute la partie occidentale de l’Hôtel des Douanes se trouve détruite. De nombreuses personnes qui avaient trouvé refuge dans l’abri situé sous ce bâtiment se trouvent bloquées, ensevelies sous les décombres. Elles ne savaient pas qu’elles allaient être condamnées à une mort atroce. Le lendemain, lors de nouveaux bombardements, les conduites d’eau qui passent à proximité de l’Hôtel des Douanes cèdent. Les réfugiés se trouvant dans l’abri y périssent finalement noyées. Ce bâtiment avait été construit en 1836, entre les rues Haranguerie disparue aujourd’hui et de la Vicomté. La porte de l’Hôtel des Douanes sera démontée et replacée, en 1948, sur le pignon ouest de la Halle aux Toiles. L'Hôtel des douanes, après le 30 mai 1944. Photo Part.Au cours de la nuit du 18 au 19 avril 1944, l’agglomération de Rouen avait également connu un important nuit du 19 avril 1944Le 18 avril 1944 au soir, 273 bombardiers de type Lancaster décollent d’Angleterre à destination de l’agglomération rouennaise. Objectif la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. Chaque avion transportait 16 bombes représentant un poids total de 7 tonnes, organisé de la sorte 12 bombes de 500 kilos et quatre de 250 kilos par appareil. Ainsi, de 0h10 à 0h58, ce sont 1911 tonnes d’explosifs répartis en 4368 bombes qui doivent s’abattre sur le nœud ferroviaire de très touchéeLa majeure partie de cette charge tombe sur Sotteville, ruinant une partie de la ville, mais n’endommageant pas autant qu’il l’aurait fallu les installations au sol pouvant servir aux troupes allemandes. Le but des raids menés dans le nord-ouest de la France était de détruire les gares de triage afin de retarder l’arrivée des renforts allemands lorsque le débarquement aura lieu. Toutes les bombes ne se détachaient pas au premier coup. Les bombardiers volaient ensuite soutes ouvertes afin que les projectiles encore accrochés puissent tomber quand le système d’attache cèdera. C’est ainsi que plusieurs bombes sont tombées sur le centre de Rouen car le chemin du retour faisait ensuite passer les avions au-dessus de la ville. Des bombes isolées s’abattent rue Eau de Robec, rue du Vieux palais, d’autres plus groupées détruisent le quartier des des CarmesLa rue des Carmes semble avoir été détruite par les bombes tombant d’un appareil appartenant vraisemblablement à un escadron australien de la RAF. L’avion en question ne parvient pas à décrocher ses bombes lors de son passage au-dessus de l’objectif. Le pilote fait alors un tour au-dessus d’Oissel, Saint-Étienne-du-Rouvray et revient vers sa cible, se fiant aux marqueurs verts et rouges devant baliser la zone de bombardement. Suite à une erreur de largage, des marqueurs verts et rouges, le bombardier a lâché la charge qu’il transportait sur Rouen, à 0h58. La ruine du quartier des Carmes serait donc due à une double erreur matérielle dans un premier temps et de marquage dans un second de propagande prononcé par Philippe Henriot au lendemain des bombardements en ce moment sur ActuLe risque était connuLe risque de débordements et de dégâts occasionnés autour de l’objectif était connu. En témoigne l’ordre de mission, signé de la main de l’Air commodore commandant le 3e groupe de est particulièrement stressant pour les équipages de savoir que la portion de voie ferrée qui est la cible de ce soir est petite et est entourée de zone construite. Le bombardement le plus précis est donc requis ».Selon un exemplaire du Journal de Rouen paru dans la foulée de ces événements, les premières estimations faisaient état de 250 morts à Rouen et de plus de 500 à lireDe Daniel Rose, avec le concours de Paul Le Trévier, Ce qui s’est vraiment passé le 19 avril 1944, éditions Comever. 176 pages. 22 euros Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre 76actu dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.
UNE ENTREPRISE PUBLIQUE DANS LA GUERRE LA SNCF, 1939-1945 Troisième partie Les cheminots dans la guerre et l’occupation Yves Machefert-Tassin – Le bilan des bombardements aĂ©riens des installations ferroviaires en France, leurs consĂ©quences stratĂ©giques et humaines tactiques incohĂ©rentes, rĂ©sultats discutables, victimes civiles exorbitantes et destructions Ă long terme inutiles ? L’histoire du bombardement aĂ©rien des voies ferrĂ©es depuis la guerre 1914-1918 a pour rĂ©sultat, en 1940, une stagnation Ă©vidente et bien peu de moyens du cĂ´tĂ© des AlliĂ©s1. En revanche, la campagne de France allemande de mai 1940 prouve l’efficacitĂ© relative et la prĂ©cision des bombardements en piquĂ© Stukas ou 342 Junker 87 B, sur des objectifs de faibles dimensions, dont les installations ferroviaires fixes et mobiles. En consĂ©quence, le nombre de victimes civiles ou cheminotes est, pour cette campagne, fort rĂ©duit. Avant mĂŞme l’armistice, la rĂ©plique britannique en est le bombardement Ă basse altitude, encore localisĂ©, des ports du Nord de la France et des voies de dessertes impliquĂ©s dans le rassemblement des barges prĂ©vues pour un Ă©ventuel dĂ©barquement allemand en Angleterre. Les premières installations du rail ainsi touchĂ©es par le Bomber Command de la RAF sont celles de Boulogne-sur-Mer dès le 12 juin 1940, puis Calais, Dunkerque et Saint-Omer de 1940 Ă 19422. Cependant, lors de la campagne de mai-juin 1940, le rĂ©seau français n’avait Ă©tĂ© atteint que par des destructions mineures, ne touchant pas les ouvrages stratĂ©giques. La reconstruction, entreprise fin 1940, est achevĂ©e en 1942 pour 2 100 d’entre eux. Quelques ouvrages majeurs entièrement reconstruits, tel Longeray sur le RhĂ´ne, ont Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©s par la suite en 1944, tant par l’aviation que par le minage et, Ă l’inverse, certains, Ă©pargnĂ©s en 1940, ont Ă©tĂ© dĂ©truits par les Allemands en retraite lorsqu’ils en avaient le temps, comme dans le Nord et l’Est de la France. La difficultĂ© d’ “ asphyxier ” un adversaire par l’interruption du trafic qui le ravitaille n’est donc apparue qu’après bien des Ă©checs. Ce n’est que bien après 1945 que les militaires ont constatĂ© l’incohĂ©rence entre les moyens aĂ©riens qu’ils avaient dĂ©veloppĂ©s dans un but de guerre totale, de bombardements de terreur sur les zones urbaines allemandes et la faiblesse des rĂ©sultats obtenus quand ils Ă©taient appliquĂ©s aux objectifs prĂ©cis, spĂ©cifiques que sont les voies de communication, surtout ÂferrĂ©es. 1940-1943 UN ÉCHEC STRATÉGIQUE Ă€ la suite des raids aĂ©riens allemands de fin 1940 Ă dĂ©but 1941 sur les docks de Londres, puis sur des villes industrielles britanniques, en particulier sur les usines d’aĂ©ronautique Rolls Royce Ă Coventry, par exemple, arrĂŞtĂ©s par la bataille d’Angleterre oĂą s’illustre la chasse anglaise, une contre-attaque est lancĂ©e aussitĂ´t vers le continent. Les opĂ©rations sont locales, menĂ©es de jour et sur la zone cĂ´tière de la Manche par des bombardiers moyens, lĂ©gers et rapides bimoteurs Maraudeurs et Mosquitos. Les objectifs visĂ©s, lorsqu’ils sont ferroviaires, vont des ouvrages d’art, tel le viaduc de Morlaix, Ă l’ouest 29 janvier 1943, 39 morts civils, Ă quelques installations du Nord, telles Abbeville, Saint-Omer, et jusqu’à Amiens et Tergnier attaquĂ©s d’avril 1942 Ă juillet 1943. Devant le peu de rĂ©sultats de ces raids lĂ©gers dits “ tactiques ”, le Bomber Command “ lourd ” reprend les opĂ©rations, qu’il conforme Ă sa pratique des arrosages “ punitifs ” de grandes surfaces, comme sur les villes allemandes, puisque selon son propre chef, Harris, “ c’est la seule chose qu’ils sachent faire ”3. Ajoutons que cette dĂ©cision du cabinet de guerre britannique, qui est essayĂ©e d’avril 1942 au 8 mars 1943 sur 29 objectifs ferroviaires en France, est dĂ©jĂ contestĂ©e par les AmĂ©ricains de l’US Air Force arrivant en Grande-Bretagne pour Ă©tablir leurs propres bases d’attaques aĂ©riennes. Mais leurs dĂ©buts se rĂ©vèlent dĂ©sastreux Rennes-triage, le 8 mars 1943, 10 % d’impacts sur le site SNCF et 300 morts civils, ou Rouen-Sotteville et, pour servir la vanitĂ© d’Ira Eaker et de sa 8e USAF, les essais infructueux de coupure de la liaison vers l’Italie Marseille-Vintimille, par des attaques multiples du viaduc d’AnthĂ©or. Il faudra 6 expĂ©ditions successives Ă partir de 1943, relayĂ©es par la RAF tout aussi malhabile, pour finir par encadrer le viaduc d’Agay, pris pour celui d’AnthĂ©or le 12 fĂ©vrier 1944 ! Si, au sol, les dĂ©gâts civils sont relativement minimes, il en est de mĂŞme du point de vue ferroviaire, puisque quelques cratères sur la voie interrompent seulement de quelques heures Ă quelques jours une liaison majeure germano-italienne. De tels rĂ©sultats conduisent Ă l’abandon de toute idĂ©e d’attaques sur les ouvrages d’art. Il sont trop difficiles Ă atteindre par les bombardiers lourds Ă haute altitude et l’on ne pense pas Ă dĂ©velopper les attaques en piquĂ© en utilisant les bimoteurs rapides existants. Qu’en est-il de la dĂ©fense passive des installations de la SNCF ? Si les AlliĂ©s n’ont dĂ©veloppĂ© leurs moyens de bombardement qu’à partir de 1943, en revanche le continent avait renforcĂ© ceux de sa dĂ©fense passive depuis 1939 et, parfois, dès 1937. En France, avant mĂŞme la crĂ©ation de la SNCF en 1937, les autoritĂ©s militaires demandent aux rĂ©seaux d’effectuer des “ travaux de protection des carrefours ferroviaires contre les attaques aĂ©riennes, car ils sont essentiels pour la continuitĂ© des transports militaires ”. C’est ainsi que des installations importantes sont pourvues, en 1938 et 1939, d’abris bĂ©tonnĂ©s d’urgence, enterrĂ©s ou en surface, gĂ©nĂ©ralement de petite surface 4 Ă 20 m², soit pour 4 Ă 20 hommes. Le toit, d’environ 1 m Ă 1,5 m d’épaisseur, ne peut rĂ©sister qu’aux bombes explosives de 300 kg considĂ©rĂ©es comme le maximum de l’époque ! ; en revanche, ces abris sont Ă©quipĂ©s le plus souvent pour rĂ©sister aux attaques chimiques par gaz de combat. Des variantes, abris simplifiĂ©s dits individuels, prĂ©fabriquĂ©s, Ă toiture conique, aussi bien que des abris plus importants, pour 20 Ă 40 personnes, sur les sites oĂą la main-d’œuvre est plus nombreuse bâtiments administratifs, ateliers, apparaĂ®tront de 1939 Ă 19444. Les consĂ©quences des tergiversations de la RAF et de l’USAF et le rapport “ Butt ” Les rĂ©sultats dĂ©sastreux des attaques aĂ©riennes de jour Ă haute altitude de l’USAF en 1943, mĂŞme si la chasse adverse est faible, conduisent la RAF Ă essayer de son cĂ´tĂ© quelques raids de jour, avec des bombardiers moyens et rapides accompagnĂ©s de chasseurs jusqu’à ce que la maĂ®trise de l’air sur la Manche leur soit assurĂ©e. En principe complĂ©mentaires des raids “ lourds ” de nuit, ils concernent des objectifs ferroviaires très divers, comme Ă Caen 10 fĂ©vrier 1943 puis Ă Tours fĂ©vrier 1943 oĂą interviennent des formations de Mosquitos Ă très basse altitude. Devant le peu de rĂ©sultats obtenus, la RAF revient aussi aux bombardiers lourds sur Modane 17 septembre et 11 novembre 1943 avec non moins de 340 appareils. Ici encore les rĂ©sultats sont ambivalents, sinon nuls interruptions de circulation allant de un Ă quatre jours, au prix de nombreuses vies humaines, tant cheminotes que civiles, et d’équipages5. Le comble est atteint avec le raid avortĂ© de 548 appareils du 5 dĂ©cembre 1943, dont 3 seulement trouvent l’une de leurs multiples cibles, au coĂ»t de 9 appareils disparus pour rien. Ă€ la suite de ces rĂ©sultats qui commencent Ă se savoir, Churchill demande un rapport “ civil ” qui porte le nom de son auteur principal “ D. N. Butt ”, basĂ© sur les rĂ©sultats des raids de nuit de toutes catĂ©gories mais principalement sur l’Allemagne. Ses conclusions sont d’une sĂ©vĂ©ritĂ© sans appel pour le Bomber Command britannique. Elles rĂ©vèlent les dĂ©fauts de principe d’une stratĂ©gie qui consiste en flux opĂ©rationnels longs, de ce fait très risquĂ©s pour les derniers avions, ainsi que l’inefficacitĂ© complète du Carpet bombing “ en tapis ” ou “ de surface ” , d’une dispersion et d’une imprĂ©cision faciles Ă constater sur les reconnaissances photographiques postĂ©rieures malgrĂ© la prĂ©cision des “ marquages ”6. Churchill, dĂ©but 1943, se pose donc sĂ©rieusement la question continuer ou arrĂŞter ? La question d’éthique des reprĂ©sailles de terreur sur des objectifs civils n’est guère abordĂ©e, bien que les voix de quelques lords et de l’évĂŞque de Chichester s’élèvent en ce sens. Churchill est presque contraint par l’état-major de la RAF qui n’a aucun autre moyen d’attaque, et en l’absence d’alternative disponible que seraient des chasseurs-bombardiers lĂ©gers et rapides, de persister dans la voie de l’ “ arÂrosage ” nocturne, approximatif, “ de surface ”. Harris “ the Bomber ” gagne ainsi le maintien officiel de l’espoir d’atteindre le moral des troupes par la destruction des maisons et par la “ terreur des familles ”. Mais il atteint aussi ses Ă©quipages, qui dĂ©couvrent que la DCA n’est pas rĂ©servĂ©e Ă des zones militaires quasi inaccessibles comme la base de Cherbourg, presque jamais attaquĂ©e. L’ANNÉE 1944 Les grandes opĂ©rations prĂ©paratoires au dĂ©barquement mars Ă juin 1944 Quel est exactement le plan alliĂ© ? Le gĂ©nĂ©ral Eisenhower le prĂ©cise “ C’est la dislocation des lignes de communications ennemies sur une zone bien plus Ă©tendue que la rĂ©gion mĂŞme du dĂ©barquement […]. Durant la pĂ©riode de prĂ©paration, soit seulement en mai 1944, des forces aĂ©riennes tacÂtiques seront utilisĂ©es contre les objectifs ferroviaires. ” Cela n’est pas du goĂ»t du Bomber Command Harris car ces forces aĂ©riennes tactiques reprĂ©sentent environ 2 400 chasseurs ou chasseurs-bombardiers et 700 bombardiers lĂ©gers alors qu’existaient dĂ©jĂ 4 000 bombardiers lourds. Par ailleurs, ce n’est pas de gaietĂ© de cĹ“ur que le gĂ©nĂ©ral Eisenhower se dĂ©cide Ă dĂ©truire le système des communications françaises, dont il espère bien pouvoir se servir, Ă son tour, pour progresser vite, alors que F. D. Roosevelt y Ă©tait indiffĂ©rent7. “ Je me rendais compte, Ă©crit-il, que les attaques contre les gares de triage et les centres ferroviaires par les forces stratĂ©giques et tactiques entraĂ®neraient de nombreuses pertes de vies françaises. En outre, une très importante part de l’économie française serait incapable de fonctionner pendant un laps de temps considĂ©rable […]. NĂ©anmoins, pour des raisons purement militaires, j’ai considĂ©rĂ© que le système des communications françaises devait ĂŞtre disloquĂ©. ” Et il obtient gain de cause, cette fois, contre Churchill qui craignait des rĂ©actions justifiĂ©es8. Reportons-nous en mars 1944. Ce qu’il faut obtenir, c’est “ l’encagement du champ de bataille ”. Les Ă©tats-majors allemands, mais non la Luftwaffe, sont persuadĂ©s que l’invasion se fera par le Pas-de-Calais. Ils y ont maintenu et concentrĂ© la 15e ArmĂ©e, tandis qu’en Normandie ils n’ont groupĂ© que dix divisions, dont une blindĂ©e. Les AlliĂ©s doivent donc empĂŞcher la 15 e ArmĂ©e et les autres rĂ©serves de se dĂ©placer vers la Normandie durant les opĂ©rations ou du moins retarder leur progression et maintenir les Allemands dans le doute sur le lieu du dĂ©barquement, tout en coupant l’accès aux installations de V1 et V2 qui viennent d’être identifiĂ©es. La campagne s’ouvre, en mars 1944, par des bombardements sur le rĂ©seau ferroviaire du Nord-Ouest de l’Europe. L’état-major de l’Air alliĂ© a Ă©tabli l’ordre de prioritĂ© suivant 1 / ponts principaux ; 2 / nĹ“uds ferroviaires et installations – dĂ©pĂ´ts, plaques tournantes [sic], – postes d’aiguillage, – commande-signaux [sic], – gares de triage ; 3 / trains mitraillage. Ă€ partir de la mi-avril, les bombardiers des forces aĂ©riennes stratĂ©giques abandonnent les objectifs lointains allemands pour concentrer leurs attaques sur les rĂ©seaux ferroviaires français et belge. Les points visĂ©s sont en premier lieu Liège, Namur, Mons, Charleroi, Arras, d’une part, les gares de triage de la rĂ©gion parisienne, d’autre part. Le commandement alliĂ© a, en outre, prĂ©vu l’établissement d’une “ ligne d’interdiction ” par la rupture des ponts sur la Seine entre Paris et Le Havre. Ă€ partir du 27 mars, ce plan entre en application. Afin de tromper les Allemands sur le lieu de dĂ©barquement, cette première ligne d’interdiction est bientĂ´t doublĂ©e d’une seconde qui longe le canal Albert et la Meuse. L’attaque des objectifs ferroviaires et routiers doit atteindre son paroxysme au mois de mai. Elle porte sur quatre secteurs distincts — entretien des destructions sur la ligne Liège, Mons, Arras et attaques dans le quadrilatère Rouen, Paris, MĂ©zières, Dunkerque servant aussi d’accès aux installations V1 et V2 ; — rupture des ponts routiers et ferroviaires sur la Meuse et la Seine ; — bombardements sur les centres ferroviaires de l’Allemagne occidentale Hamm, Aix-la-Chapelle, Trèves, Mannheim, du Luxembourg et de l’Est de la France Épinal, Thionville, Belfort, Mulhouse, Strasbourg ; — attaques des installations ferroviaires dans la rĂ©gion de la Loire OrlĂ©ans, Tours, Nantes, Saumur et dans le Sud-Est de la France Nice, Avignon, NĂ®mes. On note, cependant, que ce programme fait l’objet de vives controverses, très directes, entre les principaux responsables anglais et amĂ©ricains, y compris entre Churchill et Eisenhower. HĂ©sitations tactiques et rĂ©sultats La conception amĂ©ricaine du bombardement dit “ de prĂ©cision ” parce qu’il Ă©tait supposĂ© devoir atteindre son but, Ă haute altitude et de jour, en formation serrĂ©e et sans escorte, est vite rĂ©duite Ă nĂ©ant par la chasse de la Luftwaffe. Outre les effets des attaques sur le moral des civils touchĂ©s, elle entraĂ®ne des pertes excessives en appareils et Ă©quipages en octobre 1943, un tiers du 8e Bomber Command USAF fut dĂ©truit en une semaine. La RAF reprend alors des opĂ©rations nocturnes, relayant ou remplaçant l’USAF. Jusqu’en juin 1944, les opĂ©rations menĂ©es par les deux armĂ©es de l’air concurrentes sont entièrement distinctes, la coordination ne venant qu’après le dĂ©barquement ! Ce qui ne suffit pas Ă expliquer certaines incohĂ©rences des raids ferroviaires. Ă€ quoi aboutissent ces dĂ©bats, vus du rail et du sol, dans la rĂ©alitĂ© des faits ? En fĂ©vrier-mars 1944, les Anglais doivent renforcer, sous le nom de leurre de Fortitude, leur protection contre les armes de reprĂ©sailles en cours d’insÂtallation au Nord-Ouest de la France. Un dĂ©barquement en Pas-de-Calais deÂvient incertain. Ils doivent aussi assurer avec les AmĂ©ricains la prĂ©paration de la tenaille d’Overlord entre Seine et Loire. La rĂ©ponse Ă ces obligations tient dans les premier raids aĂ©riens massifs sur les cibles ferroviaires dĂ©signĂ©es par le nom, gĂ©nĂ©rique, de “ triages ” français, regroupant 80 installations de la SNCF aussi diverses, en dehors des triages eux-mĂŞmes, que faisceaux de garage, ateliers d’entretien du matĂ©riel roulant, dĂ©pĂ´ts de locomotives, mais aussi gares de marchandises, bifurcations, ensuite seulement les ouvrages d’art. Cette première vague de prĂ©paratifs pour Overlord est censĂ©e brouiller les pistes et Ă©viter de dĂ©voiler les vĂ©ritables zones choisies pour le dĂ©barquement. L’offensive commence par “ 27 triages ”. Après les essais prĂ©cĂ©dents, regrettables Ă tous points de vue, y compris leur inutilitĂ©, qui ont marquĂ© 1943, c’est Le Mans-triage qui dĂ©bute la sĂ©rie en mars 1944. Bien que l’objectif soit rĂ©putĂ© facile Ă atteindre parce que les habitations sont Ă©loignĂ©es, que la dĂ©fense au sol et la chasse allemande sont rĂ©duites, le succès reste douteux9. Les destructions ferroviaires utiles Ă court terme du point de vue militaire sont presque nulles, les relevĂ©s aĂ©riens le prouvent dans ce cas comme dans les suivants. De ce fait, la rĂ©pĂ©tition de ces raids lourds devient impossible Ă Ă©viter. Comme ils sont difficiles Ă organiser, donc espacĂ©s en temps, la reconstruction partielle des itinĂ©raires de voies essentielles peut ĂŞtre menĂ©e Ă bien entre deux raids, ce qui ne gène guère les transports militaires, sinon en ralentissant de quelques jours les ravitaillements. Curieusement, Ă la mĂŞme Ă©poque, des raids extrĂŞmement prĂ©cis sont lancĂ©s contre les stations de radars allemands 40 sur 47, dispersĂ©s de Cherbourg Ă la Belgique, dans le but d’entretenir la confusion sur les zones de dĂ©barquement. EffectuĂ©s par des chasseurs-bombardiers Typhoon ou Spitfire, ou Mosquitos parfois pourvus de fusĂ©es-bombes, ils se rĂ©vèlent extrĂŞmement efficaces et peuvent se rĂ©pĂ©ter et harceler l’adversaire sans risques majeurs. Quoique la rĂ©sistance française et belge connaisse, approuve et aide ces opĂ©rations, il ne semble pas, Ă cause du cloisonnement et des luttes intestines entre Ă©tats-majors, que l’on ait pensĂ© Ă les utiliser contre les voies ferrĂ©es avant plusieurs mois. En ce qui concerne les attaques de trains, les cheminots n’y Ă©taient guère prĂ©parĂ©s ils connaissaient leurs risques, mais ne soupçonnaient pas encore l’absence de discernement des attaquants qui allaient confondre convois militaires et civils, voies normales et voies Ă©troites. Quant aux bombardements de gares, ils n’étaient pas plus efficaces dans le cas de 30 % des objectifs atteints, la SNCF pouvait remettre en service des voies de traversĂ©e en quelques heures, sinon en quelques jours en dĂ©pit des bombes Ă retardement. Ces constats sont valables pour tous les raids de mars Ă juillet 1944, car, malgrĂ© les perfectionnements du ciblage par radar H2S notamment, les radios de bord et d’identification IFF sont trop bavardes, et permettent aux radars allemands de diriger avec plus de prĂ©cision la chasse nocturne. Celle-ci est pourvue, dès fĂ©vrier 1944, de radars de pistage prĂ©cis SN2 qui Ă©quipent 480 appareils JU88 et ME110 en avril et de nouveaux canons obliques qui tiennent compte des angles morts des bombardiers britanniques. S’ensuivent des pertes atteignant, selon l’aveu mĂŞme des Anglais, une “ quantitĂ© presque insupportable ”, qui vont durer jusqu’à la mise en service des chasseurs d’accompagnement Ă grand rayon d’action type P51 Mustang permettant aux AmĂ©ricains de prendre le relais des raids diurnes en juin-juillet. Mais auparavant, bien des citĂ©s cheminotes, voisines des objectifs “ rail ”, comptent des destructions d’habitations considĂ©rables. Bien que les familles se dispersent, la nuit, loin des cibles, il y a encore trop de victimes civiles. Citons les exemples de Tergnier, Aulnoye, Laon, Lens ou Lille-DĂ©livrance au nord, en rĂ©gion parisienne Vaires10, Villeneuve-Saint-Georges, Juvisy et Trappes ; plus Ă l’ouest et au sud, Rouen-Sotteville, Le Mans, Saint-Pierre-des-Corps et Les Aubrais. Les comptes rendus d’observations des rĂ©sultats des Ă©quipages alliĂ©s en fin de mission se signalent par leur optimisme, exagĂ©rĂ© comme le rĂ©vèlent les photos aĂ©riennes prises ensuite, dĂ» surtout aux faibles pertes qui caractĂ©risent les objectifs ferroviaires Ă cette Ă©poque 1,1 Ă 1,5 % des appareils. Ă€ l’opposĂ©, cĂ´tĂ© SNCF, la tendance des rapports, qu’ils soient ou non officiels, et prĂ©vus pour des usages multiples, est aussi d’amplifier les dĂ©gâts – il s’agit d’éviter la rĂ©pĂ©tition des bombardements et les prĂ©lèvements de matĂ©riel intact – tout en Ă©valuant assez justement les temps de remise en Ă©tat des voies principales. La SNCF peut ainsi rĂ©clamer un maximum de matières et de matĂ©riels de remplacement aux occupants11 en arguant des longueurs totales de voies atteintes par les bombes, alors que le rapport entre voies nĂ©cessaires Ă la continuitĂ© du rĂ©seau et voies de garage est de 1 Ă 10, voire de 1 Ă 20. La multiplication des objectifs et leur importance entraĂ®ne une montĂ©e très rapide des effectifs employĂ©s sur les chantiers de remise en Ă©tat, cheminots et civils de diverses provenances. Ils passent de 4 000 en avril Ă plus de 15 000 courant mai au rĂ©seau Nord, de 3 000 Ă 7 ou 9 000 Ă l’Ouest. Le total atteindra 65 000 pour toute la SNCF. La RĂ©sistance est consciente de cette augmentation du nombre de victimes potentielles alors que l’état-major aĂ©rien britannique ne la prend que peu en compte. Dans tous les cas il n’est pas en mesure de changer rapidement de tactique, alors qu’Overlord se profile dans moins de trois mois. On constate alors que sur 26 attaques aĂ©riennes majeures, impliquant 4 264 bombardiers et le lâcher de 15 290 t de bombes, explosives pour la plupart, 15 Ă 25 % selon le succès du raid atteignent leurs objectifs, au sens large. Les pertes en avions, qui restent beaucoup plus Ă©levĂ©es sur l’Allemagne, oĂą est concentrĂ©e la majoritĂ© des dĂ©fenses, restent très faibles sur les objectifs ferroviaires français 1,5 Ă 2,3 % du nombre d’appareils, ce qui reprĂ©sente nĂ©anmoins plus de 1 000 manquants, morts, prisonniers ou disparus cĂ´tĂ© AlliĂ©s, davantage amĂ©ricains que britanniques. Ă€ la veille du D Day, les observateurs voient pour un rare moment correspondre le taux estimĂ© de “ coups au but ” Ă la rĂ©alitĂ©. C’est au prix de la mort de près de 2 000 civils et cheminots et de la destruction de 14 000 maisons ou immeubles. DU BILAN PROVISOIRE DU 6 JUIN 1944 AU BILAN DÉFINITIF Retarder les transports allemands Le “ prix ” humain Ă payer est alors considĂ©rĂ© par les Britanniques comme infĂ©rieur aux prĂ©visions, mais les rĂ©sultats des opĂ©rations le sont aussi ils jugent qu’elles ne sauraient retarder suffisamment les renforts allemands. C’est pourquoi on passe en juin 1944 Ă des opĂ©rations tactiques, ponctuelles, concernant davantage les ouvrages d’art que les voies elles-mĂŞmes comme les observateurs au sol le demandaient depuis longtemps. Le rendement global du système ferroviaire français contrĂ´lĂ© par l’Allemagne tombe assez bas pour que le ravitaillement de l’armĂ©e et de l’organisation Todt rencontre des difficultĂ©s considĂ©rables pour parvenir d’Allemagne en France, alors que le trafic est encore très actif Ă la Deutsche Reichsbahn. Les mouvements de troupes postĂ©rieurs Ă l’invasion du 6 juin subissent des retards importants et des dĂ©routements de plusieurs centaines de kilomètres sont imposĂ©s aux troupes en cours de transport par rail12. En fĂ©vrier 1944, l’ensemble de l’organisation des transports allemands en France reprĂ©sente un trafic de 60 Ă 70 trains par jour circulant entre l’Allemagne et les cĂ´tes françaises de Dunkerque Ă Nantes. Ă€ la fin d’avril, il ne passe plus que 48 trains par vingt-quatre heures. Fin mai, le trafic tombe Ă 32 par jour dont 12 convois de charbon sarrois 20 trains seulement restent disponibles pour la troupe, ce qui suffit en certains cas pour acheminer les renforts. Ici encore, ce ne sont pas les attaques des gares et du matĂ©riel qui ont Ă©tĂ© efficaces, mais les goulets d’étranglement provoquĂ©s et, surtout, entretenus sur la Seine et la Loire par les attaques des ouvrages d’art. Autres objectifs, qui poursuivent des buts tactiques, sont les mitraillages de convois, bombardements de pleine voie et de petites gares oĂą sont dispersĂ©s les matĂ©riels les reconnaissances aĂ©riennes ont permis aux observateurs de reconnaĂ®tre enfin que le matĂ©riel roulant “ sensible ” trains-parcs, trains de secours13, et surtout locomotives avait Ă©tĂ© dispersĂ© pour le sauver des destructions massives des “ nĹ“uds ” ferroviaires14. L’USAF recommande donc des opĂ©rations multiples et dispersĂ©es, diurnes, Ă basse altitude plutĂ´t que l’énorme gaspillage de moyens que reprĂ©sentent des raids nocturnes “ en surface ”. Cependant les premiers essais amĂ©ricains Ă partir des bases britanniques, puis ceux depuis l’Afrique du Nord vers la Provence, effectuĂ©s Ă moyenne altitude pour protĂ©ger les appareils, sont tout aussi peu efficaces, qu’ils s’agisse de leurs rĂ©sultats militaires Ă court terme ou des destructions et pertes de vies civiles. L’incomprĂ©hension des motifs des actions aĂ©riennes domine chez les Âcheminots, alors qu’on dĂ©nombre Ă l’étĂ© 16 600 logements SNCF atteints dont 6 800 sont irrĂ©parables comment les AlliĂ©s articulaient-ils destruction matĂ©rielle Ă long terme et action militaire Ă court terme ? Bien qu’ils soient frĂ©quemment rĂ©sistants ou qu’ils appuient la RĂ©sistance, et en contact avec Londres, les cheminots rĂ©agissent brutalement aux bombardements alors qu’ils se mobilisent pour rĂ©unir des informations Ă propos des armes secrètes V1 Ă V3 et des lignes ferroviaires qui permettent leur approvisionnement, ce qui est aussi risquĂ© pour eux. Les actions tactiques complĂ©mentaires Depuis 1942, d’autres actions localisĂ©es ont Ă©tĂ© menĂ©es par des formations plus lĂ©gères, mitraillages ou tentatives pour endommager les installations Ă©lectriques fournissant Ă©nergie et courant de traction. Citons, Ă titre anecdotique, le lâcher, dĂ©but 1943, de groupes de ballonnets sphĂ©riques traĂ®nant des filins d’acier. LancĂ©s depuis la Grande-Bretagne par vent nord-ouest favorable, ils Ă©taient censĂ©s provoquer des courts-circuits des lignes Ă haute tension, voire des ruptures. Les rĂ©sultats Ă©tant ridicules par rapport aux moyens mis en Ĺ“uvre, les AlliĂ©s en reviennent, Ă l’étĂ© 1943, aux opĂ©rations aĂ©riennes clasÂsiques contre des postes haute tension et des sous-stations. La consommation mensuelle d’énergie haute tension de la SNCF reste la mĂŞme jusqu’en mars-avril 1944 et ne chute vraiment, dans un rapport de 10 Ă 1, que de juin Ă octobre 1944. Les destructions sont moins en cause que la rĂ©duction dĂ©libĂ©rĂ©e des circulations de trains Ă©lectriques. La part des actions sur les postes ou sous-stations l’emporte sur celle des opĂ©rations aĂ©riennes dans les destructions totales, qui restent faibles15. Seule exception, peu comprĂ©hensible, les installations Ă©lectriques de la ligne Paris-Le Mans sont visĂ©es dès le 18 avril 1943 par 650 bombes qui tombent autour des 4 sous-stations successives de Chartres au Mans, dont 2 seulement sont touchĂ©es. La SNCF tire de cet Ă©chec relatif des conclusions qui ne semblent guère comprises Ă Londres, Ă savoir la dispersion, pour les mettre en rĂ©serve, de tous les seconds groupes Ă©lectriques et du matĂ©riel alors difficile Ă rĂ©approvisionner. C’est Ă la suite des incessantes attaques des sous-stations de pleine ligne Ă partir d’avril 1944 jusqu’à 8, plus 5 mitraillages Ă CondĂ©-sur-Huisne d’avril Ă juillet 1944 et des coupures de catĂ©naires que la SNCF rĂ©duit la traction Ă©lectrique sur cette ligne de mai Ă fin aoĂ»t, entraĂ®nant un ralentissement opportun du trafic, y compris militaire. En revanche, sur le rĂ©seau Sud-Ouest, moins systĂ©matiquement visĂ©, bien que les postes d’interconnexion “ Nord ” de Chevilly et de Chaingy aient Ă©tĂ© mis en partie hors service dès le 3 octobre 1943 le courant est coupĂ© quelques heures entre Juvisy et les Aubrais, la traction Ă©lectrique est maintenue et la rĂ©paration des catĂ©naires prĂ©cède souvent la rĂ©fection des voies. Après le 6 juin, les cheminots voient bien l’intĂ©rĂŞt de paralyser, momentanĂ©ment et sans prĂ©avis, ou parfois dĂ©finitivement, la traction Ă©lectrique des lignes susceptibles d’amener des renforts en Normandie, Ă condition de ne pas apporter de dĂ©gâts irrĂ©mĂ©diables aux installations. Il fallait adapter les mĂ©Âthodes de sabotage, aviser la rĂ©sistance extĂ©rieure au rail et l’aviation alliĂ©e de cette rĂ©serve. Il Ă©tait suggĂ©rĂ© Ă Londres, pour permettre la reprise rapide du trafic plus tard, de ne plus recourir aux bombardements aĂ©riens aveugles sur les installations de traction Ă©lectrique. RĂ©parer, reconstruire Afin de prĂ©venir de nouveaux dĂ©gâts et prĂ©voir l’avenir, tout en essayant de s’assurer des rĂ©serves de matĂ©riel “ sensible ” ou difficile Ă renouveler, la SNCF dĂ©cide, dès 1943, de crĂ©er 24 “ trains-parcs ” constituĂ©s d’équipes de districts Voie, de stocks de secours et de matĂ©riel de dĂ©pannage, de matĂ©riaux empruntĂ©s aux rĂ©serves allemandes bien connues des cheminots. 135 000 journĂ©es d’agents affectĂ©s aux trains-parcs sont utilisĂ©s pour la seule RĂ©gion Ouest dès 1943. Ils remplacent cette annĂ©e-lĂ 60 000 traverses et près de 100 km de rails sur un total de 150 000 traverses et 186 km de rails pour l’ensemble du rĂ©seau. Les Ă©quipes sont prĂŞtes pour 1944, mais sans se douter encore de l’énormitĂ© du travail qui va se prĂ©senter, d’autant plus dĂ©licat Ă mener qu’il fallait alors rĂ©parer en provisoire, sans passer de suite au dĂ©finitif. L’ACCOMPAGNEMENT DE LA PROGRESSION DES ARMÉES ALLIÉES JUIN-AOĂ›T 1944 ET LA RECONSTRUCTION PROVISOIRE DES INSTALLATIONS FERROVIAIRES Ouest et rĂ©gion parisienne Après le 6 juin, les bombardements aĂ©riens prennent de l’ampleur, mais prĂ©sentent plus de discernement dans le choix de leurs objectifs. La crainte de l’arrivĂ©e des renforts allemands vers la Normandie impose le maintien du blocus des voies ferrĂ©es d’accès par la coupure des ouvrages d’art importants des bassins de la Seine et de la Loire, si bien que les opĂ©rations tactiques, Ă effet immĂ©diat, prennent enfin le pas sur les destructions “ en surface ” des triages, dĂ©pĂ´ts et ateliers. Mais le manque de prĂ©cision des bombardiers, enclins par ailleurs aux dĂ©lestages prĂ©maturĂ©s pour mieux manĹ“uvrer afin d’éviter la chasse adverse, continue de causer des destructions civiles dĂ©sastreuses. Alors que le rythme des bombardements Ă objectifs ferroviaires s’élève en juin 6 Ă 27 missions par jour et en juillet 3 Ă 20, les opĂ©rations ponctuelles prĂ©dominent. Elles culminent en aoĂ»t 36 le 7 aoĂ»t, et 44 le 13 avec une majoritĂ© d’attaques et mitraillages de trains ou de petites gares, y compris les installations en voie mĂ©trique du Blanc-Argent, des CĂ´tes-du-Nord ou du Petit Anjou ! Il est vrai qu’à haute vitesse, en altitude, l’échelle est difficile Ă apprĂ©cier16. S’y ajoutent les bombardements “ lourds ” multipliĂ©s jusqu’au succès visant Ă dĂ©truire les ponts et viaducs. Les rĂ©sultats sont spectaculaires et moins meurtriers. Citons OrlĂ©ans et le pont sur la Loire, Cinq-Mars-la-Pile, Saint-CĂ´me près de Tours, les ponts de la VendĂ©e et de Pirmil Ă Nantes, atteints en juin et juillet 1944. De mĂŞme, tous les ouvrages de la Seine, depuis ceux de la Grande Ceinture Athis, 5 fois bombardĂ© du 27 mai au 8 juin ; Maisons-Laffitte, 6 fois du 26 mars au 24 juin ; cependant les plus grandes brèches n’affectaient souvent qu’une demi-largeur, si bien que les militaires ont pu utiliser la Grande Ceinture de façon permanente comme grande ligne de rocade17. Ce fait, ignorĂ© des AlliĂ©s jusqu’à ce qu’ils en profitent Ă leur tour, rendait en partie inutile la destruction des ponts sur la Seine. D’ailleurs, sauf les exceptions mentionnĂ©es ici, la quasi-totalitĂ© des grands ouvrages d’art de la SNCF qui ont Ă©tĂ© dĂ©truits complètement et durablement l’ont Ă©tĂ© par le gĂ©nie militaire allemand en retraite, non par l’aviation. Provence et zone du RhĂ´ne au Rhin juin-juillet 1944 Bien que nous ayons dĂ©jĂ signalĂ© les essais de coupure du trafic vers l’Italie Ă Modane RAF et sur la ligne de cĂ´te RAF et USAF d’AnthĂ©or Ă Vintimille, les AlliĂ©s n’avaient guère affaibli le trafic militaire ou d’intendance vers le front italien, qui atteignait plus de 20 000 t/jour, dont 14 000 par la cĂ´te. Les objectifs ferroviaires en Provence ne sont donc dĂ©voilĂ©s que fin mai. Les AlliĂ©s privilĂ©gient les opĂ©rations de jour, par l’USAF Ă partir du 25 mai sur Carnoules et Badan 34 et 38 morts, VĂ©nissieux et AmbĂ©rieu. Suivent, quelques jours après, Arles, puis Toulon, Montpellier, BĂ©ziers, surtout Avignon 27 mai avec 525 morts, soit autant que Coventry en 1940, la “ rĂ©fĂ©rence ” anglaise. C’est, après une courte accalmie, le 12 juillet, encore Miramas, Arles et Balaruc, Cannes-la-Bocca, La Seyne ; le 2 aoĂ»t, encore Avignon ; le 6 aoĂ»t se renouvelle le malheureux raid de Lyon-Vaise et Croix-Rousse, Chasse, Badan, Valence, Tarascon, encore Miramas, ne laissant plus de doutes sur le dĂ©barquement de Provence et la remontĂ©e prĂ©vue ensuite des troupes par la vallĂ©e du RhĂ´ne, vers le Rhin. L’USAF va alors Ă©viter, en principe, de prendre pour objectif la rĂ©gion lyonnaise et les lieux tragiques que sont dĂ©sormais Saint-Étienne qui a comptĂ© le 26 mai un maximum de 1 084 morts civils et 15 000 sinistrĂ©s sans destructions d’installations ferroviaires, Lyon-Mouche 63 morts, mais surtout Lyon-Vaise, toujours le 26 mai, avec 717 morts, 1 129 blessĂ©s et 20 000 sinistrĂ©s, pour un rĂ©sultat bien maigre, puisque sont atteints un dĂ©pĂ´t et des voies de garage de seconde importance, situĂ©s dans une zone très urbanisĂ©e. “ Sacrifices Ă©normes pour rĂ©sultats insignifiants ”, indique le câble du chef rĂ©gional FFI adressĂ© Ă Alger. A-t-il atteint les responsables de la 15e USAF ? Nous l’ignorons, puisque, par exemple, Lyon-Vaise est encore “ revisitĂ© ” le 6 aoĂ»t avec autant d’inconscience. Ce sinistre 26 mai, l’USAF manque les faisceaux de la Buisserate Ă Grenoble 37 morts. Pire encore, Ă ChambĂ©ry, 72 Liberators totalisent 120 morts pour 400 impacts, dont 80 seulement touchent les emprises SNCF, le reste causant 3 000 sinistrĂ©s. Ă€ Nice Saint-Roch, toujours ce fatidique 26 mai, on compte, pour 180 impacts, 384 morts et 5 600 sinistrĂ©s, pour la destruction de “ seulement ” 159 wagons et 5 locomotives, mais aussi de 30 tramways, sans parler d’un train civil atteint sur le pont du Var, avec 52 morts et 58 blessĂ©s. Ă€ croire que les aviateurs de la 15e USAF venant d’Afrique du Nord Ă©taient vraiment des dĂ©butants inconscients, ou incapables, d’autant que la chasse adverse et la dĂ©fense anti-aĂ©rienne n’étaient pas au rendez-vous de ces opĂ©rations, contrairement au Nord-Ouest de la France. Il ne leur reste aucune excuse pour ces lâchers incohĂ©rents, criminels et sans commentaires ÂultĂ©rieurs… Mais les sentiments antibritanniques de la population augmentent dès le lendemain, 27 mai, Ă Marseille, Ă tort, puisque c’est encore l’USAF-15 qui, avec moins de 120 appareils, Ă 4 000 m d’altitude, saupoudre certes les gares Saint-Charles et Blancarde de 100 bombes, mais aussi la ville et ses banlieues de plus de 700 autres bombes, lui confĂ©rant le triste privilège du record absolu de victimes en un seul raid avec 1 752 morts recensĂ©s, 18 000 sinistrĂ©s, et des dĂ©gâts, lĂ encore, insignifiants portĂ©s aux installations ferroviaires, visĂ©es ou non, port, gares et dĂ©pĂ´ts compris. L’état des lieux jusqu’à fin aoĂ»t 1944 et la nĂ©cessaire reprise des transports par rail Les attaques aĂ©riennes s’arrĂŞtent Ă la fin du mois d’aoĂ»t 1944, le 18 pour les bombardements majeurs. Le bilan des destructions a Ă©tĂ© dressĂ© par la SNCF plus tard. Il arrĂŞte les comptes “ Ă la LibĂ©ration ”, date qui n’était pas la mĂŞme pour les zones successivement libĂ©rĂ©es, allant de dĂ©but juillet en Cotentin et Normandie au 9 mai 1945 sic pour la “ poche ” de Dunkerque. Dès le 31 mai 1944, R. Le Besnerais constatait que 29 triages sur 53 sans l’Alsace-Lorraine Ă©taient inutilisables, 70 dĂ©pĂ´ts sur 167, 3 grands ateliers sur 9. Ce qui explique, en partie, une baisse de trafic de moitiĂ© par rapport aux mois de janvier Ă mars. Certes, les difficultĂ©s de circulation, auxquelles commencent Ă s’ajouter les coupures d’ouvrages d’art, rĂ©duisent très fortement les circulations voyageurs 20 % des valeurs 1938. Le trafic ÂmarÂchandises, transports allemands compris, est encore de près de 100 000 waÂgons chargĂ©s par semaine, contre 188 000 en janvier et 232 000 en 1943. Pour sa part, le trafic militaire allemand, prioritaire, dĂ©passe encore la moitiĂ© des prĂ©visions sur la rĂ©gion Ouest, il reprĂ©sente 78 % du trafic sur le Sud-Est et 82 % sur le Sud-Ouest. Mais le chiffre du Nord, 21 % seulement, semble indiquer les effets de l’opĂ©ration de dissuasion Fortitude. En effet, ces actions se conjuguent par hasard avec les opĂ©rations Crossbow dĂ©cidĂ©es en consĂ©quence des craintes britanniques de reprĂ©sailles. Grandissantes, Ă juste titre, jusqu’à la mi-juin, elles entraĂ®nent des actions continuelles sur les voies ferrĂ©es d’alimentation des très nombreuses bases de lancement des V1 350 prĂ©vues, 100 rĂ©alisĂ©es. Plusieurs milliers de ces bombes volantes, Ă partir du 13 juin et durant tout l’étĂ©, survolent en effet le “ dĂ©troit ” de la Manche vers Londres. Les actions prĂ©ventives ou rĂ©pressives contre ces armes nouvelles, jusqu’alors sporadiques tant qu’elles Ă©taient en construction, vont occuper dĂ©sormais les unitĂ©s “ tactiques ” autant que le Bomber Command. Les opĂ©rations dites tactiques sont effectuĂ©es par de petits groupes de 3 ou 6 bombardiers moyens bimoteurs. Depuis les tentatives de 1943, ils sont moins utilisĂ©s pour des objectifs ferroviaires, sauf en reconnaissance ou encore, Ă partir de mai 1944, pour le harcèlement, avec mitraillage, de tout convoi surpris en route, y compris ceux des chemins de fer Ă©conomiques après la Normandie, la Somme et le Pas-de-Calais. Sous le nom code de RAMROD, la RAF, avec des Spitfire adaptĂ©s, Ă©quipĂ©s de roquettes aussi bien que de bombes, avait entrepris des opĂ©rations en piquĂ© Ă moyenne altitude 3 000 Ă 1 200 m environ plus prĂ©cises que les prĂ©cĂ©dentes sur des objectifs ferroviaires18. Bien que ces raids soient ineffiÂcaces dès que la couche nuageuse est importante, la moyenne statistique dĂ©montre qu’ils sont plus prĂ©cis et mettent moins en danger Ă la fois les Ă©quipages et les civils ou cheminots travaillant au voisinage des coups au but. Avant mĂŞme le dĂ©barquement du 6 juin, non moins de 1 284 bombardements aĂ©riens ont frappĂ© 793 localitĂ©s en France, dont 363 attaques aĂ©riennes d’installations ferroviaires, ce qui est encore peu en comparaison des 800 raids encore Ă venir jusqu’à fin aoĂ»t. Les pertes humaines du cĂ´tĂ© des cheminots, malgrĂ© la reprise des mitraillages de convois, sont, bien qu’éleÂvĂ©es, proportionnellement très faibles par rapport Ă celles des “ civils ”. Pour les cinq premiers mois de 1944 et plus de 232 raids, 470 cheminots sont morts et 1 100 autres blessĂ©s par faits de guerre en service. De 1941 Ă 1943 on avait comptĂ© 464 cheminots et 2 000 civils tuĂ©s pour moins de 80 raids. Mais Ă partir de mars 1944 les bombardements “ de surface ” vont faire dix fois plus de morts civils encore autour d’objectifs ferroviaires. Des destructions mieux ciblĂ©es – mais beaucoup moins nombreuses – causent des pertes rĂ©duites, ce qui dĂ©montre bien les rĂ©sultats hasardeux des bombardements “ de surface ”. De plus, la hâte des occupants Ă reconstruire au plus vite un passage, mĂŞme Ă voie unique, dans les zones sinistrĂ©es, soit environ 200 km de voies Ă reconstruire, requiert un nombre de plus en plus important de personnel pour travailler sur des chantiers Ă très haut risque des bombes Ă retardement ayant parfois explosĂ© cinquante jours après le raid. Ce qui conduit la direction gĂ©nĂ©rale de la SNCF a Ă©crire fin juin 1944 au ministre de tutelle secrĂ©taire d’État Ă la Production industrielle et aux Communications, Ă l’intention des autoritĂ©s allemandes HVD, que … tout rĂ©cemment, plusieurs RĂ©gions ont reçu presque simultanĂ©ment de la part des AutoritĂ©s d’Occupation des ordres formels leur enjoignant d’augmenter d’urgence leurs effectifs, de manière Ă remettre complètement en Ă©tat un certain nombre de grands triages pour lesquels le programme Ă©tabli en commun ne prĂ©voyait que le rĂ©tablissement minimum des voies indispensables. Sur certains points, des requis civils ont Ă©tĂ© envoyĂ©s d’office par ces AutoritĂ©s d’Occupation en vue des travaux en question. S’ensuivent des considĂ©rations sur l’incapacitĂ© de la SNCF, devant une telle demande, Ă dĂ©passer le niveau prĂ©sent des effectifs sur les chantiers de rĂ©tablissement des circulations, “ effectif d’ouvriers de toutes conditions dĂ©passant 40 000 hommes ”19. La lettre demande en conclusion que l’on renonce aux mesures envisagĂ©es20. Nous ignorons la suite donnĂ©e Ă cette requĂŞte, dont la satisfaction eĂ»t Ă©tĂ© de toute façon sans effet en juillet-aoĂ»t 1944. Les AlliĂ©s prĂ©voyaient d’utiliser pour leur part ces moyens dispersĂ©s, nĂ©cessaires Ă leur progression de Cherbourg Ă Carentan, Le Mans et Paris. Comme la reconnaissance aĂ©rienne leur permettait d’être informĂ©s du progrès des travaux, aucune directive de sabotage ferroviaire ne fut donnĂ©e Ă la rĂ©sistance active, sauf dans les zones de retraite des armĂ©es allemandes après le mois d’aoĂ»t. Ce qui n’empĂŞcha pas la destruction des ouvrages par les Allemands en retraite, beaucoup plus mĂ©thodique et radicale que celle effectuĂ©e par les Français en 1940. C’est sans doute pourquoi, selon les relevĂ©s quotidiens de juillet et aoĂ»t 1944 que nous possĂ©dons pour le Sud-Ouest, les actions aĂ©riennes, bien que plus nombreuses encore qu’en juin jusqu’à 45 opĂ©rations par jour, jusqu’à 10 au seul rĂ©seau Sud-Ouest ne sont-elles plus que des attaques locales, spĂ©cifiques, de trains en circulation le plus souvent, effectuĂ©es par un groupe d’avions ou des appareils isolĂ©s. Les grosses attaques “ de surface ” concernent les gares d’approvisionnement en armes V1 et V2 du Nord-Ouest de la France. Au 31 aoĂ»t 1944, les chantiers avaient dĂ©jĂ reçu plus de 16 600 t de Âbombes, en 94 raids depuis 1943, dont 15 opĂ©rations avec les “ Tallboys ” de 5,4 t21. Le bilan global, fin 1944 Le bilan global ne s’est alourdi cependant que modĂ©rĂ©ment, et la paralysie complète du rĂ©seau ferrĂ© voulue par les cheminots, fin aoĂ»t, dans les rĂ©gions encore en pleine guerre permet aussi d’éviter de nouveaux bombardements lourds. Deux exceptions sont constituĂ©es par la RĂ©gion Est, oĂą se reportent les opĂ©rations liĂ©es au repli allemand, et les “ poches ” qui provoquent de nouvelles victimes civiles inutiles, dont des cheminots. Ces pertes sont les plus lourdes quand on les compare Ă la valeur stratĂ©gique rĂ©elle des lieux visĂ©s, qui avait Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©e par les Ă©tats-majors, coupables d’une erreur d’apprĂ©ciation. Nous voulons citer ici, par devoir de mĂ©moire, outre les quelques 12 000 morts dĂ©jĂ atteints sur des objectifs strictement ferroviaires, les civils du Havre, de Royan, mais aussi de Boulogne et Calais, cette dernière ayant le triste privilège d’un bombardement “ ami ”, par erreur, en fĂ©vrier 1945 97 morts au lieu de Dunkerque qui Ă©tait visĂ©. Ici, il n’y eut aucune “ repentance ”, ni indemnitĂ©s posthumes. Et c’est pourquoi, fin 1945, une Ă©tude amĂ©ricaine citĂ©e entre autres par E. Florentin basĂ©e sur les premiers bilans de destructions, ceux mis Ă leur disposition par la SNCF, conclut tardivement que “ les attaques prĂ©cĂ©dant le D. Day contre les triages français n’étaient pas nĂ©cessaires, les 70 000 t d’explosifs qui y ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©es auraient pu ĂŞtre affectĂ©es Ă d’autres cibles ”22. Nous n’en voulons pour preuve que les statistiques gĂ©nĂ©rales qui collaÂtionnent les donnĂ©es transmises par les RĂ©gions SNCF et les arrondissements, indiquant par exemple l’évolution du parc disponible d’engins moteurs ou celui du matĂ©riel roulant marchandises. MalgrĂ© une Ă©norme rĂ©duction, de 217 000 wagons encore thĂ©oriquement au parc dĂ©but mai 1944 Ă moins de 174 000 en septembre, l’effectif disponible pour des transports militaires Ă©tait acceptable et n’a pas entravĂ© au degrĂ© souhaitĂ© le repli des armĂ©es allemandes vers l’Est. Les photos aĂ©riennes alliĂ©es de reconnaissance qui ont identifiĂ© de tels trains en tĂ©moignent. Les AmĂ©ricains, en aoĂ»t dans le Cotentin, ont utilisĂ© en prioritĂ© du matĂ©riel SNCF disponible, heureux de retrouver des locomotives Baldwin ou Alco de… 1918. MĂŞme si l’on prend en compte les indisponibilitĂ©s ou avaries dues aux bombardements aĂ©riens et aux Âtransferts en Allemagne, les 74 000 ou 76 000 wagons “ manquant ” au parc hors Alsace-Lorraine ne reprĂ©sentent “ que ” 30 % du parc total, alors que les transports militaires nĂ©cessitent 20 Ă 25 % des wagons du parc utilisable. Ce qui montre bien, une fois de plus, l’ineptie de la “ stratĂ©gie ” de destruction des triages et des matĂ©riels garĂ©s sur leurs voies et, le plus souvent, vides. Les transports militaires alliĂ©s de l’hiver 1944 n’ont que peu manquĂ© de wagons et de locomotives, d’autant que le trafic entre les ports et les fronts ne dĂ©passait guère le million de tonnes mensuelles les 500 locomotives dĂ©barquĂ©es dès fin aoĂ»t Ă Cherbourg, puis les quelques milliers de wagons en “ kit ”, ou montĂ©s qui les suivent permettent alors de passer de 12 000 t transportĂ©es quotidiennement pour les AmĂ©ricains en octobre Ă 15 000 t en dĂ©cembre et de multiplier par 8 les trains-kilomètres. Ce qui ne reprĂ©sente guère plus de 30 trains de 1 000 t brutes, soit 2 trains par heure au plus. Mais la limite de capacitĂ© est celle des lignes Ă voie unique, d’oĂą l’intĂ©rĂŞt pour les AlliĂ©s de remettre en service des doubles voies Ă©lectrifiĂ©es… ce qui est fait dès mi-novembre pour Paris-Le Mans23 alors que le 1er train venant de Cherbourg arrivait aux Batignolles le 30 aoĂ»t 1944 !. Pour les lignes de la vallĂ©e du RhĂ´ne il en est de mĂŞme. La liaison Aix-en-Provence – Grenoble est ouverte immĂ©diatement derrière la progression des troupes dès le 15 septembre Ă Sisteron, et le 25 septembre est ouverte la ligne de la rive gauche du RhĂ´ne jusqu’à Lyon, de mĂŞme que Valence-Grenoble. Le rail suit donc bien les troupes, en l’absence de toute rĂ©action ennemie. POUR FINIR QUELLE LEÇON Ă€ TIRER DES BOMBARDEMENTS DE VOIES FERRÉES ? On sait que malgrĂ© les ruines, qui dĂ©passent l’imagination, des villes rasĂ©es par l’aviation alliĂ©e outre-Rhin depuis 1942, la production allemande industrielle de guerre a atteint des sommets… en 1943-1944. Alors que la France comptait pĂ©niblement 6 000 Ă 7 000 locomotives en Ă©tat de marche fin 1944, l’Allemagne en disposait de 36 000, dont près de 11 000 Kriegsloks neuves, type 150 Ă vapeur, puissantes et robustes, aptes au trafic lourd ou militaire, et ce n’est qu’un exemple. Faut-il conclure que les bombardements aĂ©riens ont toujours Ă©tĂ© un Ă©chec ? Certainement pas si nous considĂ©rons globalement leur rĂ´le dans la prĂ©paration et le succès du dĂ©barquement et, surtout, l’appui tactique qu’il ont donnĂ© au sol Ă la progression des troupes. Il est inutile, en revanche, de revenir sur les insuffisances de l’aviation qui devait poursuivre Ă titre “ tactique ” le harcèlement nĂ©cessaire Ă la fixation des troupes allemandes au jour “ J ” du dĂ©barquement en Normandie. Il est vrai que l’offensive fut l’enjeu de luttes intestines, d’oĂą l’incohĂ©rence apparente des opĂ©rations menĂ©es sur les cibles ferroviaires et les lourdes erreurs qu’elle a parfois entraĂ®nĂ©es. Ce n’est certainement pas en annihilant les gares, les citĂ©s cheminotes et le matĂ©riel roulant de la SNCF Ă ce moment-lĂ que le cours de la guerre a changĂ© ; et le rĂ©sultat obtenu ne peut faire oublier la mort de 78 000 innocents en France, dont 15 000 sur des sites ferroviaires voir tableau 1. Après la bataille du rail, les cimetières alliĂ©s Selon les sources officielles, la RAF a perdu 8 655 avions en cours d’opĂ©ration, plus 1 600 en cours d’entraĂ®nement ou portĂ©s disparus. L’USAF en a perdu 9 466 en tout. En hommes d’équipage, cela signifie 74 000 pour la RAF, dont 55 750 morts au combat ou par accident. Pour l’USAF, les 8e et 15 e Air Force qui nous intĂ©ressent ici ont perdu environ 30 000 hommes, au total 47 000 avec 4 750 avions perdus sur 12 731 utilisĂ©s, soit 37 % des B17, taux qui semble supĂ©rieur Ă celui de la RAF. Le choix des AlliĂ©s, si tant est que ce fut un choix, pour les bombardiers lourds, leur a coĂ»tĂ© au total plus de 100 000 hommes jeunes et entraĂ®nĂ©s24. Était-ce un sacrifice inĂ©vitable ? Le sujet reste encore contestable puisque des questions fondamentales ne trouveront de rĂ©ponse qu’avec l’accès Ă certaines archives britanniques papiers Churchill et Lindeman lord Cherwell, soit seulement Ă partir de 2019. Ă€ une Ă©poque oĂą les acteurs ou tĂ©moins revendiquant chacun “ leur ” version de l’histoire auront disparu, le sujet pourra peut-ĂŞtre, enfin, ĂŞtre abordĂ© sans a priori ni appel aux Ă©motions vĂ©cues25. “ L’efficacitĂ© de l’impact direct l’emporte sur le tapis de bombes ” c’est l’avis des analystes, anciens ou actuels, de la stratĂ©gie comparĂ©e Ă la tactique, en ce domaine sensible et difficile oĂą la technique a Ă©voluĂ© plus vite que la rĂ©flexion26. Il est regrettable que ces leçons durement acquises n’aient pas empĂŞchĂ©, depuis lors, d’illusoires attaques du rail en Europe. L’histoire reconnue, analysĂ©e et comprise sans passion reste encore Ă apprendre par les pouvoirs, qui ignorent trop ses leçons. _______________ 1. Les forces aĂ©riennes françaises disposaient en 1940, avant les constructions dĂ©cidĂ©es par R. Dautry, de moins de 500 chasseurs modernes, et d’aucun bombardier rĂ©cent. La production prĂ©vue Ă©tait de 400 appareils nouveaux par an. Les Britanniques en Ă©taient au mĂŞme point avec une production prĂ©vue annuelle de 220 bombardiers. Mais ils n’en disposaient d’aucun en France, et de 130 chasseurs seulement. Au total, alors que les Allemands disposaient de plus de 1 500 bombardiers et de 1 000 chasseurs lors de la campagne de France, les AlliĂ©s ne totalisaient que 700 appareils, toutes catĂ©gories confondues. Quant aux chasseurs bombardiers capables d’attaques en piquĂ©, 342 Allemands s’opposaient Ă 54 Français et aucun Anglais voir bibliogr. [15]. 2. Boulogne-sur-Mer a vu 52 attaques aĂ©riennes se succĂ©der sur le port et les installations ferroviaires, du 12 juin 1940 Ă fin 1941. Mais le premier raid contre une gare SNCF se place le 4 avril 1942 Ă Saint-Omer, oĂą 12 Boston et 4 Wellington obtiennent un effet heureusement nul sur la gare, bâtiment patrimonial, mais avec dĂ©jĂ des morts civils. De nouvelles attaques suivent donc. La RAF s’essaie aussi, toujours en vain, sur Cherbourg 15 avril 1942, Hazebrouck 13 avril et 29 juin 1942 et mĂŞme Lille 20 juillet 1942, opĂ©rations suivies d’un rĂ©pit de près de six mois. 3. Voir Florentin [1] et Regan [17], confirmant les dĂ©clarations peu nuancĂ©es de Hastings [11]. Voir aussi Jones [14]. 4. Comme il en existe encore des vestiges de nos jours, Ă Narbonne ou Dijon par exemple, avec la fonction de magasin pour matières dangereuses ! Signalons la tentative d’installations protĂ©gĂ©es beaucoup plus complètes, et complexes, dont l’abri de poste de commandement et rĂ©gulation du trafic Est parisien dĂ©nommĂ© de nos jours le “ Bunker ” rĂ©alisĂ© en juillet 1939 sous les quais 2 et 3 de la gare de l’Est Ă Paris. Cet abri de dĂ©fense unique sur le rĂ©seau français, qui fut opĂ©rationnel, offrait 120 m² protĂ©gĂ©s, et pouvait abriter 72 personnes. 5. La plupart des objectifs du rail français, sauf au Nord, Ă©taient assez Ă©loignĂ©s des terrains de la chasse de nuit allemande et surtout restaient en avant de la cĂ©lèbre “ ligne Kammhuber ”, barrage d’interception combinant radars, projecteurs et contrĂ´le des chasseurs de nuit, très redoutĂ© des bombardiers alliĂ©s, dont seuls les secteurs marginaux sud, dits zones 7, 8 et 9, intĂ©ressaient la France, de Givet Ă Troyes par Rethel. De jour, bien des cibles Ă©taient proches de terrains actifs comme Laon 2 terrains de chasse, Cambrai 3, Longueau 2, Caen 2, sans parler des 64 terrains du Nord et de la Picardie ou de l’Oise. Ce fut, en partie, Ă l’origine des dĂ©sastres de Rennes, Rouen, Lille-Lomme. Citons, plus tard, en 4 opĂ©rations avec 617 appareils, les pertes de 19 avions et plus de 150 hommes d’équipage dans la nuit du 10 au 11 avril 1944, sur Tours-Saint-Pierre, Tergnier, Laon et Aulnoye. Ces 3 % de pertes s’accompagnent Ă©videmment d’un nombre anormalement Ă©levĂ© de bombes dispersĂ©es en dehors des objectifs. 6. Il semble, aujourd’hui encore, difficile Ă concevoir que les ordres de formation des vagues de bombardiers sur raids ferroviaires comportaient 7 Ă 12 appareils de front, soit une couverture d’au moins 500 Ă 800 m, pour atteindre, en long, des gares de largeur allant de 100 m Ă 300 m au plus… MĂŞme en cas de faible vent latĂ©ral, la surface “ arrosĂ©e ” est toujours au moins le double de celle des objectifs correctement ciblĂ©s. De plus, dans le cas de vagues successives, si les premiers lâchers sont bien marquĂ©s, la fumĂ©e obscurcit complètement l’objectif, et dès la 3e il y en avait jusqu’à 10 ! les lâchers Ă©taient faits au jugĂ© et au plus vite. On constate d’ailleurs des rĂ©sultats encore plus mauvais si l’attaque est perpendiculaire Ă l’objectif exemples du viaduc d’AnthĂ©or et de certains ponts sur la Seine et la Loire. 7. Voir [23]. 8. Voir [11]. 9. Un des griefs les plus rĂ©pĂ©tĂ©s des informateurs alliĂ©s Ă©tait l’absence de prise en considĂ©ration des rapports du sol par les Ă©tats-majors des forces aĂ©riennes. On constate mĂŞme avec surprise, connaissant l’existence de telles observations, et la certitude de leur transmission, l’absence de leur mention par les War Diaries Âde la RAF agendas de combat et bombardements, publiĂ©s en 1985 seulement, voir bibliogr. [13]. Plus curieusement encore, dans le cas d’opĂ©rations ayant mal tournĂ©, il semble qu’au lieu des rapports prĂ©cis et souvent protestataires, Ă©manant d’agents britanniques travaillant en France avec la RĂ©sistance, on trouve seulement la mention “ Pas de rapport local Ă©manant du sol. ” C’est le cas des raids les plus meurtriers de civils, comme Rennes, Nantes, Rouen, Lille, Saint-Étienne, Besançon, Lyon-Vaise. Une exception AmbĂ©rieu, oĂą, après une première attaque inutile, la RĂ©sistance obtient de Londres l’arrĂŞt des raids aĂ©riens, après avoir fait la preuve de l’efficacitĂ© locale des sabotages, qui avaient coĂ»tĂ© de nombreux otages et dĂ©portĂ©s. 10. Une exception due au hasard est le cas de la gare de triage de Vaires oĂą un convoi de munitions stationnĂ© parallèlement Ă des trains de troupes a provoquĂ© la mort de 1 200 Ă 1 300 militaires lors de la première attaque des 29-30 mars 1944. Des hĂ©catombes analogues, avec destructions importantes de matĂ©riel de guerre, ont eu lieu plus tard, au voisinage des ponts sur la Seine, lors du repli des troupes allemandes de Normandie ou lors d’attaques des trains de V1 oĂą 33 wagons Ă©quivalaient Ă près de 100 bombes de 1 t. Mais c’était alors le fait des chasseurs-bombardiers tactiques attaquant en piquĂ© Ă moyenne altitude, et non des Âquadrimoteurs lourds et malhabiles du Bomber Command ou de l’USAF. 11. La masse de matĂ©riel neuf ou de remplacement demandĂ© reste dans des limites encore très raisonnables jusqu’en mai. Une preuve en est la demande de la SNCF Ă la “ Hauptverkehrsdirektion Paris – 29, rue de Berri ” d’un contingent d’acier pour rĂ©parer certaines installations en fĂ©vrier 1944, alors estimĂ©es prĂ©cisĂ©ment Ă 277 t seulement outre 38 t dĂ©jĂ obtenues, pour couvrir les rĂ©parations de Mohon, Chaingy, Chevilly, Persan Beaumont, Sotteville ateliers, Tergnier 145 t Ă lui seul et mĂŞme les ponts sur le Doubs, Ă Lyon et au Teil faits de rĂ©sistance pour 40 t… Par prĂ©vision, un supplĂ©ment de 500 t seulement est demandĂ©, alors que plusieurs milliers de tonnes vont ĂŞtre bientĂ´t nĂ©cessaires. 12. Telle la 4e division blindĂ©e dont les trains pour venir de Gand en Normandie font quatre dĂ©tours et mettent dix jours au lieu de trois Ă quatre pour couvrir le trajet. Un officier d’état-major allemand, chargĂ© jusqu’à la fin d’octobre 1944 des transports sur le front de l’Ouest, a dĂ©clarĂ©, après avoir Ă©tĂ© fait prisonnier “ Des mouvements qui devaient ĂŞtre effectuĂ©s Ă la cadence quotidienne de 10 Ă 12 trains ne se faisaient plus qu’au taux de deux Ă trois par jour. ” 13. Ou “ trains de travaux ”, trains de secours dĂ©pendant du Service Voie et Bâtiments, composĂ©s de voitures amĂ©nagĂ©es pour hĂ©berger le personnel d’un chantier, de wagons ateliers pourvus de l’outillage nĂ©cessaire et de wagons magasins chargĂ©s de matĂ©riaux. PrĂ©vus en service normal pour effectuer des travaux ou des rĂ©parations en cas de catastrophe naturelle ou d’accident, la SNCF en maintenait 1 Ă 2 par grande rĂ©gion. Ce nombre a Ă©tĂ© multipliĂ© par 3 Ă partir de 1943. 14. On retrouve alors facilement sur les Ă©tats ou relevĂ©s SNCF un nombre Ă©levĂ© d’engins garĂ©s, ou en rĂ©paration, dans les remises ou ateliers de dĂ©pĂ´t, ceux actifs Ă©tant dispersĂ©s, surtout de nuit, en de multiples lieux plus discrets. 15. L’ensemble des lignes Ă haute tension SNCF de 60 kV Ă 220 kV avariĂ©es par faits de guerre reprĂ©sentent 1 236 pylĂ´nes et 225 km de ligne Ă rĂ©parer, soit moins de 5 % du rĂ©seau Ă©lectrifiĂ©, alors de 4 872 km. 16. Nous n’en citerons, comme preuve antĂ©rieure, que l’attaque en 1940 par la Luftwaffe du cĂ©lèbre train miniature britannique cĂ´tier Romney Hythe and Dimchurch Railway dans le Kent. Ă€ l’échelle 1/4 de voie de 38 cm, il va devoir s’équiper d’un train blindĂ© anti-aĂ©rien pour rĂ©pondre aux attaques de pilotes un peu myopes… Mais, en France, presque toutes les voies Ă©troites, en zone de bataille ou non, seront souvent confondues avec des voies Ânormales. 17. Se reporter Ă l’article “ Ouvrages d’art de la Grande Ceinture ” par M. Leduc, Revue gĂ©nĂ©rale des chemins de fer du 11 dĂ©cembre 1945, Ă©galement mentionnĂ©s dans le film La renaissance du rail 1947 d’A. PĂ©riĂ© et M. Leduc produit par la SNCF. On constatera le peu d’attaques des ouvrages d’art jusqu’en juin 1944. MĂŞme après que des ponts sur la Seine infĂ©rieure et la Loire ont Ă©tĂ© visĂ©s, ceux qui sont touchĂ©s par des attaques aĂ©riennes le sont Ă cause d’autres objectifs par exemple, le viaduc de Maintenon, Ă cause du dĂ©pĂ´t de munitions voisin. Citons enfin le cas exemplaire de Bielefeld en Allemagne, ou le viaduc systĂ©matiquement bombardĂ© Ă de très nombreuses reprises, y compris avec “ Tallboys ” de 5,4 t, Ă©tait, depuis les premières attaques, court-circuitĂ© par une dĂ©viation en vallĂ©e, extrĂŞmement bien camouflĂ©e, qui a pu Ă©chapper Ă l’observation aĂ©rienne, et assurait la continuitĂ© d’une des principales artères de la Ruhr dĂ©but 1945. Une situation analogue a existĂ© en France lors de la destruction du tunnel de Saumur, Ă©galement par les premiers “ Tallboys ”, grâce Ă la dĂ©viation de Thouars Ă Tours via la ligne dite de la VendĂ©e, et les ponts du Cher et de la Loire encore praticables. 18. On peut citer comme exemple le raid 921 du 25 mai 1944 sur Longueau et Amiens qui a impliquĂ© 36 Spitfire, dont 26 chasseurs-bombardiers pourvus chacun d’une seule bombe de 500 livres. Sept autres centres ferroviaires Ă©taient visĂ©s ce jour-lĂ dans le Nord, l’Oise, la Seine-InfĂ©rieure. En employant la mĂŞme tactique que pour les sites de V1, l’opĂ©ration fut au moins aussi efficace en coups au but 12 sur 26 que des vagues massives de 150 ou 200 bombardiers lourds. Cependant, les autres opĂ©rations ne sont pas toujours payantes ce mĂŞme jour, les attaques de Spitfire ou Typhoon sur Armentières et Hazebrouck, Buchy, Gisors, Formerie, Motteville et Cassy dont 4 gares en substitution aux objectifs couverts de nuages de Valenciennes et du Grand Verdret, soit, au total, 133 appareils, se solderont par 157 bombes lâchĂ©es, entre 1 200 et 1 800 m, et moins de la moitiĂ© au but. Ce qui n’est toujours pas si mal, puisque, malgrĂ© la DCA parfois très active Gisors, 2 appareils seulement sont touchĂ©s. 19. Un effectif qui varie en fait de 36 000 Ă 65 000, Ă comparer avec le maximum de 11 000 ouvriers spĂ©cialisĂ©s, SNCF et d’entreprises, ayant reconstruit les ponts et tunnels de 1940 Ă 1942. 20. “ D’autre part, il est Ă craindre que le rĂ©tablissement de tels triages dans leur intĂ©gritĂ© ne provoque de nouvelles destructions rendant vains et par suite inopportuns les efforts que nous aurons fournis et provoquant de nouvelles pertes de matĂ©riel. Les AutoritĂ©s d’Occupation paraissaient avoir compris, comme nous-mĂŞmes, l’inopportunitĂ© de tels efforts et nous avaient autorisĂ©s Ă entreprendre certains travaux en vue d’assurer une dispersion de nos moyens de triage dans des Ă©tablissements moins importants ; une partie de ces travaux est dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©e. ” 21. [8]. 22. [23, 27]. 23. Après leur blocage de quelques semaines dans la pĂ©ninsule de Cherbourg, puis la reddition des Allemands, les AmĂ©ricains y ont trouvĂ© en Ă©tat de marche Ă leur arrivĂ©e 50 locomotives, 1 384 wagons, mais seulement 11 voitures Ă voyageurs. Ce qui explique que, dès fin juillet 1944, ils faisaient dĂ©jĂ circuler pour l’approvisionnement du front, bien avant les Britanniques, vers Saint-LĂ´ ou Lison, plus de 230 trains de marchandises transportant 32 000 t de matĂ©riel, et 102 trains de personnel ! La part de matĂ©riel arrivĂ© puis Ă©vacuĂ© des ports par voie ferrĂ©e, d’octobre 1944 Ă mai 1945, croĂ®t ainsi de 10 Ă 48 % et atteint 13 millions de tonnes du 16 octobre 1944 au 24 mars 1945, pour la seule Normandie. De mĂŞme, les transports militaires d’ouest en est de la Seine sont, dĂ©but 1945, de 10 au rail pour 1 Ă la route. Certains militaires alliĂ©s reconnaissent alors qu’heureusement les “ dĂ©tours ” Ă©taient partout possibles pour Ă©viter les obstacles, ou coupures majeures effectuĂ©es par les armĂ©es en retraite bibliogr. [27]. 24. Si l’on tient compte globalement de l’Ouest europĂ©en, 955 000 t de bombes RAF, 1 million de tonnes USAF ont Ă©tĂ© lâchĂ©es. Avec le pourcentage moyen d’objectifs ferroviaires de 14 % RAF et 26 % USAF, on trouve moins de 1 t au but pour 7 larguĂ©es et 1 homme d’équipage perdu pour 32 t lâchĂ©es… ce qui explique la pertinence des interrogations, hĂ©las tardives. Par contre, fort heureusement et bien que ce soit toujours trop Ă©levĂ©, les cheminots français ont comptĂ© 2 361 morts en service, dont plus de 90 % suite aux raids aĂ©riens, mais non moins de 309 fusillĂ©s et 2 480 dĂ©portĂ©s, transportĂ©s par rail comme les autres. 25. Il n’est pas inintĂ©ressant de mentionner qu’un projet de publication d’un atlas ferroviaire aĂ©rien couvrant cette pĂ©riode, avec le regrettĂ© J. Salin de La Vie du rail, n’a pu aboutir dans les annĂ©es 1970, trente ans après les faits, pour cause supposĂ©e de “ secret-dĂ©fense ” cĂ´tĂ© français. La guerre restait tiède sous les cendres, ou mal refroidie. 26. Les conclusions de 1945 dans le domaine ferroviaire rejoignent celles constatĂ©es pour la marine, et citĂ©es par P. Masson en 1988 bibliogr. [9], au sujet des limites de la puissance aĂ©rienne le rĂ´le de l’aviation s’est rĂ©vĂ©lĂ© capital, mais, dès les premières annĂ©es de guerre, les thĂ©ories amĂ©ricano-britanniques sur les bombardements Ă haute altitude en vol horizontal se sont “ uniformĂ©ment soldĂ©es par des Ă©checs ” sur des objectifs prĂ©cis. Quant au rail français, s’il y eut bien des constats posthumes d’inutilitĂ©s et d’erreurs, aucun des AlliĂ©s, hors cas spĂ©cifiques locaux, ne mit de vigilance ou de cĂ©lĂ©ritĂ© Ă changer de politique ou de directive, en cours d’action pour Ă©viter davantage de victimes civiles françaises, l’inertie du système valant bien celle de la SNCF, fin 1944, comme le rappelait très rĂ©cemment Pierre Sudreau, Ă propos des derniers trains de dĂ©portĂ©s vers l’Allemagne Le Rail, no 81 juillet-aoĂ»t 200, p. 40. _______________ TABLEAU 1. — Raids aĂ©riens “ Desert Rail ” en France de mars Ă juillet 1944 96 raidsRĂ©sultats constatĂ©s sur les opĂ©rations majeures impliquant plus de 50 avions MoisRaidsnombreAvionsimpliquĂ©sPertes BombesdĂ©versĂ©es Pourcentage de “ rĂ©ussite ”ImmeublescivilsdĂ©truits, nonrĂ©parables1944RAF +USAFBombar-diers seulsAvions%Tonnage testimĂ©eselonRAF/USAFdĂ©comptĂ©e sur photos Mortscivilsy. MarsRAF 14 1 783 261,4 6 5682112 1 375 816AvrilRAF 16 3 991 471,1 7 0796035 ? 589MaiRAF 26 4 264 982,3 15 9202626 1 341 1 674JuinRAF 15 2 245 743,2 8 6136730 1 582 2 100JuilletRAF 18 2 612 752,8 8 5404120 3 795 1 800Mars et seule 7 667 121,6 1 6805010 3 982 3 465Total en 5 mois96 15 562 332 - 2 300 morts2,1 48 400462211 97510 444Sur total France170195 000 2 900 - 21 000 morts 610 000 ? ? ?67 078Proportion Rail % 8 11 8 15,5 _______________ Bibliographie En langue française [1] Eddy Florentin , Quand les AlliĂ©s bombardaient la France. 1940-1945, Paris, Perrin, 1997. [2] T. A. Siefring, L’US Air Force dans la Deuxième Guerre mondiale, Paris, EPA, 1979. [3] ClĂ©ment Ader, Les vĂ©ritĂ©s sur l’utilisation de l’aviation militaire avant et pendant la guerre 1914-1918, Toulouse, Douladourre, 1919. [4] Ducellier, La guerre aĂ©rienne dans le Nord de la France, 5 vol., Abbeville, Paillart, 1994-1999. 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3 place du 19 avril 1944 rouen